Jérôme Minière « La dérive des rêves »

Jérôme Minière D.R.

C’est un honneur et un plaisir pour Mandolino de parler de Jérôme Minière à l’occasion de la sortie de son dernier album « La dérive des rêves« . Ce treizième opus de quinze titres sortira en France sous le label Objet Disque. Il est lumineux et percutant, il parle de nous avec intelligence et tendresse poétique, nous qui nous dénattons dans un monde qui nous dépasse et nous isole. Jérôme Minière nous interpelle avec son parlé-chanté intimiste et sa musique troublante.

Ce disque, il l’a peaufiné et réalisé avec son équipe rapprochée, des amis qu’il a le génie de faire participer à sa création, dont la chanteuse Salomé Leclerc, Philippe Brault, réalisateur recherché qui joue de la contrebasse et signe les arrangements des cordes, Albin de la Simone, le chanteur délicat à la basse feutrée, Eric Goulet et ses « guitares obscures », Poirier (Ghislain Poirier) producteur sur Hikikomori, Matthieu Malon son ami orléanais de trente ans en co-écriture sur Parfois, Remy Poncet (Chevalrex) responsable de la création graphique (et du label Objet Disque), sans oublier Marie-Pierre Normand (sa compagne) qui a réalisé les dessins originaux fins et épurés au stylo bille de la pochette et des visuels.

Pochette dessin de M.P. Marchand

Jérôme Minière est un artiste complet qui oeuvre au théâtre, cinéma, danse, littérature, chanson depuis une trentaine d’années est originaire d’Orléans. Il est établi à Montréal depuis 1995, chacune de ses sorties d’album est très attendue aussi bien par les québécois que par les français. On dit de lui qu’il pratique un « folk introspectif », sa musique aux arrangements électro jazz s’ancre sur des instruments acoustiques. Guido Del Fabro est au violon et arrangements cordes, José Major (frère de Catherine Major) à la batterie, Guillaume Bourque à la clarinette.

Le titre Hikikomori illustre bien le thème de l’album, l’isolement dans lequel le monde moderne basé sur le numérique nous plonge. La musique rythmée de Poirier anime la gravité des mots que la chanteur nous délivre, comme en confidence. J’aborde les titres qui sont sortis, ayant très envie de parler aussi de Un rêve ancien, le très beau premier morceau de 4″16 qui donne l’ambiance musicale du disque, et marque le point de départ de la réflexion de l’auteur, avant le numérique, nous avions des rêves, des aspirations magnifiques. Allons-nous perdre notre spécificité humaine, broyés par les algorithmes qui régissent nos vies ?

Jérôme Minière D.R.

Dans la Dérive des rêves, morceau qui donne son nom à l’album, la batterie hypnotique imite le coeur battant, tandis que le piano délicat d’Albin de la Simone invite au lâcher prise, au retour au calme. La maison aux parapluies est ensuite un sas de décompression, une respiration musicale qui amorce le retour de la prise de conscience vers la libération salutaire. Il est urgent de Retrouver ce qui compte, L’ordre des choses. Jérôme Minière termine son album par Le texte, en forme d' »ite missa est », un viatique pour le voyage, avec cet envoi solennel, « Je voulais vous dire que je vous aime » qui va nous accompagner dans notre retour vers l’humain, le présent, la réalité de nos sentiments et de nos vies.

Cet album profond et poétique revêt des aspects philosophiques et sociologiques intéressants, ce sont nos préoccupations actuelles, lutter pour conserver des valeurs humaines dans un monde submergé d’IA et de virtuel. La création de Jérôme Minière nous rend tous plus lucides, ses mots, sa voix grave et habitée, sa musique nous accompagnent avec légèreté vers une harmonie sereine reconstituée et célébrée.

Annie Claire

30.09.2026

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