Gilbert LAFFAILLE « Kaléidoscope »

Dans un magnifique ouvrage paru en avril dernier aux Editions Christian Pirot, Gilbert Laffaille reprend le titre de l’une de ses chansons qui donne son titre à son troisième album de l’époque « Kaléidoscope » (1980). Cette chanson, et ce livre sont tout à son image, subtils et légers, précis et poétiques, doux et évocateurs. Ce livre, de quelques 480 pages et 840 grammes, est riche de textes de ses chansons et sketches en intégralité. C’est déjà un beau cadeau que l’auteur nous fait, en plus, il nous livre, à l’occasion des moments vécus à écrire, composer et chanter ces titres, des anecdotes et circonstances de sa vie d’artiste, de chanteur, d’homme. Il s’agit là d’une mosaïque [avec un tréma sur le ‘i’ cette fois] d’impressions, de réflexions sur son métier, la façon dont il l’a abordé et toute la satisfaction qu’il en dégage avec le recul des années qui ont passé.

Gilbert Laffaille a une excellente mémoire, certes, et surtout il a une honnêteté et une spontanéité qui font vraiment plaisir à la lecture. Je voulais avoir tout parcouru de cet ouvrage avant d’en dire quelques mots. Cet homme, ce chanteur reconnu, n’a certes pas la langue de bois. Il décrit ses errements dans les réseaux chanson, sans complaisance et surtout en évitant tout ce qui pourrait ressembler à un quelconque règlement de comptes. « Mes déceptions ont aujourd’hui disparu sous un monceau de bons souvenirs, de paroles et de musiques, de beaux échanges et de joyeuses tablées. » Le revoici qui nous fait revivre, comme un « voyage immobile » quelques quarante années de carrière à travers son oeuvre artistique.

L’on connait la plume délicate de l’auteur de chanson, elle se retrouve dans le style du livre, avec sa rigueur et sa poésie. Ancien professeur de français, Gilbert Laffaille était à bonne école si je puis dire. Curieux et aimant les autres, il fut aussi guide touristique dans des contrées lointaines. L’aspect profondément humain du personnage se retrouve tout au long du livre, l’auteur rendant hommage à toutes les personnes qui l’ont accompagné au fur et à mesure, musiciens, collaborateurs, agents, éditeurs, attachés de presse… Cela donne lieu à des listes de noms d’artistes, de directeurs d’établissements, de festivals souvent longues, mais terriblement intéressantes quand on connaît le milieu de la chanson et de la production musicale tant soit peu. De plus, les pages sont agrémentées de notes très précises et utiles qui nous éclairent sur quelques ficelles du métier. Par exemple la définition et le rôle exact de l’Adami. Autre exemple, en page 253 se trouve un historique complet du Centre de la Chanson, créé en 1988 à l’initiative de Christian Marcadet (décédé en juin 2019) Gilbert Laffaille en a assuré la présidence, avec Didier Desmas comme directeur (Didier est mort en 2017), Gilbert Laffaille parle de lui comme d’un ami et le cite dans les remerciements.

Ce livre n’est pas seulement un état des lieux de la carrière de Gilbert Laffaille, c’est également une mine d’informations sur les personnages et les structures chanson qui, en même temps qu’elle permet de mettre chaque personne dans son contexte, donne aussi des éléments aux jeunes générations sur la façon d’aborder le métier. C’est là un acte d’une grande générosité qui mérite d’être salué. Comme l’écrit Philippe Delerm dans sa préface, Kaléidoscope « on le tient entre deux doigts et on plonge, fasciné par une image… on glisse d’un vitrail à l’autre ». C’est un ouvrage de référence que nous avons entre les mains.

Annie Claire 08.08.2019

 

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