Mélanie Fazi, héroïne

« Nous qui n’existons pas » de Mélanie Fazi 123 pages chez Dystopia

Héroïne, Mélanie Fazi l’est à double titre. Déjà, elle est elle-même l’héroïne de sa « non-fiction », c’est à dire de son récit existentiel. Avec un courage exceptionnel allié à la force de son écriture sans ambages, elle nous dévoile avec précision les étapes de son développement personnel l’ayant conduite sur la voie de l’apaisement, voire de l’épanouissement. Ce n’est pas qu’elle veuille convaincre quiconque de faire les mêmes choix qu’elle, non, c’est qu’elle récupère une authenticité sociale en acceptant les spécificités de sa personnalité qui pourraient ne pas entrer dans les schémas sociaux habituels.

Voilà qui semble intéressant, et bien oui, le livre est captivant, il est sincère, Mélanie parle d’elle ouvertement, le « je » est sujet de ses phrases. C’est également héroïque d’écrire un essai sur sa recherche existentielle, surtout quand on décrit ses errements, ses souffrances, ses questionnements avec autant de rigueur. La narratrice est exigeante, avec elle-même, avec son écriture toute en spirale, qui décrit sans concession les phases de sa recherche. Longuement, par petites touches successives, elle délivre le fond des éléments l’ayant amenée au bout de plusieurs années à une véritable libération des carcans sociaux.

Le pouvoir thérapeutique de l’écriture n’est certes plus à démontrer, les mots sont libérateurs, paroles, conversation, correspondance ou rédaction de livre. Encore faut-il que les mots soient justes, qu’ils se posent sur les maux. Mots de l’âme pour des maux de l’existence. Ces mots-là font mal, ceux qui excluent socialement. Des années de vie gâchés à ne pas se sentir reconnue, exister, voilà ce qui nous est raconté par Mélanie Fazi. Elle n’est certes pas la seule à n’avoir pas fait les choix que la société patriarcale nous indique, pour une femme trouver un mari avec qui avoir des enfants, une famille, un patrimoine… Et alors, il existe des célibataires des deux sexes, mais ils sont à l’index, n’ayant pas choisi d’arborer l’alliance à l’annulaire. Il existe également des homosexuels, d’ailleurs la société vient de leur offrir le mariage, énorme avancée de ce siècle.

Mais plus fort encore, la société entend régir notre libido. Déjà on nous apprend à l’école (des grands, d’accord) que nous avons tous des désirs, des pulsions sexuelles. Or donc ceux qui ne manifesteraient pas de désirs de rapprochement avec un autre être humain seraient des handicapés. Mélanie Fazi décrit l’embarras qui fut sien lors de ses premières interrogations sur son choix de vouloir rester seule, et même la honte lorsque le constat était le fait de l’environnement social. Au fur et à mesure du récit, ce sentiment se transforme en reconnaissance d’un droit, non seulement droit à la différence, mais droit à exister en dehors des chemins tracés par les diktats sociaux.

Il faut lire cet essai écrit avec intelligence, sensibilité et rigueur.

Annie Claire 31.07.2018

 

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